Expulsion d’un père de famille

Un père de famille azerbaïdjanais a été arrêté et renvoyé dans son pays sans pouvoir dire au revoir à sa femme et ses deux enfants. L’inhumanité de la situation est révoltante et cela arrive très (trop) souvent en France, pays des droits de l’homme…

Un témoin a laissé un texte que nous partageons ici :

Alerte !
Il est venu en France entre 2014 et 2017. Il est revenu en 2019. On est en 2026. Cela fait 10
ans. Dix ans à demander asile et protection à la France parce que dans son pays on ne
supporte pas les opposants, on les menace. Il a choisi la France parce que la France a su
accueillir et protéger sa sœur et son beau-frère dans une situation identique. Dix ans à faire
des demandes, à attendre les réponses. Dix ans à faire des recours et attendre encore.
En 2019, menacé à nouveau dans son pays il revient avec sa femme enceinte. Il pense
qu’on va lui accorder l’asile cette fois. Il a un peu de famille ici. Ils pourront les aider, un peu.
Mais pas de papiers, pas le droit de travailler. Pas de revenu, précarité. Alors petits boulots.
Travail au noir, interdit ! Attention danger ! Mais travail quand même pour survivre. Il a
toujours travaillé. L’enfant est né, un autre est venu réjouir la famille. Alors besoins
nouveaux. Travail encore, toujours interdit. Courageux, prêt à tous les travaux. Mais risqué.
L’étau se resserre. Les employeurs craignent : « Non, pas de sans-papiers dans mon
entreprise. Pas autorisé. » Avec cette interdiction de travailler, pas de revenus, les réponses
aux recours qui ne viennent pas, le temps qui passe, la précarité qui augmente. Des solutions ?
Le 115, l’hébergement d’urgence. Un répit : des associations bienveillantes permettent
logement et nourriture. Toujours dans l’attente des réponses. Quand il y en a, elles sont
négatives. Trouver un avocat, de l’argent pour le payer. Dépôt d’un recours. Justifié : Ils sont
en danger dans leur pays, ils sont intégrés, il parle correctement le français, il a déjà travaillé
sous contrat, payé des impôts, les enfants vont à l’école. Il a fait des études d’ingénieur, elle
est professeur de russe. Elle parle aussi le français et continue à prendre des cours. Ils sont
tranquilles, polis, bien élevés, ne veulent rien avoir à se reprocher. A nouveau attente des
réponses. La dernière : OQTF. Obligation de Quitter le Territoire Français !! Nouvelles
démarches pour un nouveau recours. Il continue à travailler. Risqué. Pour offrir une vie
décente à sa famille. Pour payer une partie de leur loyer. Il se déplace en voiture. Risqué.
Inquiétude pour tous.
Un jour de février 2026, il est contrôlé sur la route. « Papiers ! Permis de conduire ! »
Il a son passeport en règle, son permis d’Azerbaïdjan. Il aurait voulu passer son permis en
France, mais pas de papiers, pas de permis. Et s’il ne conduit pas, pas de travail, pas d’argent.
« Votre permis n’est pas valable. Et vous avez une OQTF. Vous viendrez signer au
commissariat 3 fois par semaine. » Obéissant, régulier, il va signer au commissariat trois fois
par semaine. Rien à signaler.
Le 22 mai 2026 au matin, il va signer comme d’habitude au commissariat. « Monsieur,
vous n’allez pas repartir. Vous avez le choix : rentrer dans votre pays aujourd’hui ou aller
dans un Centre de rétention. » Il n’a pas vraiment le choix. Les Centres de rétention sont peu
recommandables, effroyables même parfois. Il n’a pas d’autre solution. Il accepte d’être
renvoyé dans son pays. L’avion part à 16 heures. Il demande que ses enfants et sa femme
puissent lui dire au revoir avant son départ. Les policiers en acceptent l’idée. Il téléphone à sa
femme, propose aux policiers de l’accompagner à son appartement. C’est non. Sa femme
devra faire vite et venir au commissariat avant 13 heures. Ses enfants sont pris en charge par son beau-frère et son neveu.                                                                           Ils les conduiront au commissariat pour les adieux. Elle, aidée de sa belle-sœur, prépare un sac d’affaires personnelles.
10h45. Le temps est compté. Le beau-frère et le neveu arrivent au commissariat et
garent leur voiture au plus vite sur le trottoir, devant la grille. Là, derrière la grille, il y a un
groupe de policiers en tenue et une voiture banalisée, vitres tintées, avec à l’intérieur un
homme menotté les bras dans le dos, encadré de policiers. Un dangereux assassin ? Un
malfaiteur ? Un homme violent ? Non, juste un homme, un père, un mari, un demandeur
d’asile qui a consenti dans le calme à retourner dans son pays et qui veut juste dire au revoir à
ses enfants et à sa femme ! A qui on a dit vous avez jusqu’à 13 heures. Que dit la police ?
« Dégagez, enlevez la voiture de là, vous entravez le passage ! Sinon c’est la garde à vue !»
La voiture est aussitôt déplacée. Les deux hommes reviennent avec les enfants dans les bras.
Ils demandent, redemandent, réclament à corps et à cris que les enfants puissent embrasser
leur père. La réponse est sans appel, violente, glaçante pour tous les témoins de la scène :
« dégagez le passage ! » Les esprits s’échauffent, le ton monte, la colère grandit devant ce
manque d’humanité. Des mots sont échangés :
– Vous ne pouvez pas faire ça !
– Laissez-nous faire notre travail ! Retournez dans votre pays !
– Vous êtes racistes ! Moi, je suis français, regardez ma carte d’identité !
– Eh bien retournez chez vous !
– Laissez-le au moins embrasser ses enfants ! Il a accepté de partir. On ne va pas
empêcher son départ contre sa volonté. Juste dire au revoir à ses enfants !
La grille est ouverte. Les deux hommes, enfants dans les bras, insistent, supplient « vous ne
pouvez pas faire ça ! C’est inhumain ! » Le groupe de policiers se montre hostile. Certains ont
les lacrymogènes à la main. Enfants toujours dans les bras, les deux hommes tentent
d’empêcher la voiture de partir dans ces conditions révoltantes, ils se mettent devant le
véhicule mais la troupe de policiers vient les écarter sans ménagement malgré la présence des
enfants effrayés et en pleurs dans leurs bras. Un passage étroit se fait jour. Une policière,
tapant d’un geste nerveux sur le capot de la voiture, dit au chauffeur « Allez, file, vas-y ! » et
la voiture frôle ce groupe agité avant de disparaître. Il ne dira pas au revoir à ses enfants, ni à
sa femme. Elle venait pourtant d’arriver, le sac à la main … Il est parti. Elle ne l’a pas revu, pas embrassé.

Il est parti. Il est parti pour l’Azerbaïdjan. Il a un passeport, un short et un tee-shirt.

Un seul policier dira « Je n’aurais pas voulu que ça se passe comme ça. » Les autres, ils sont déjà rentrés dans le commissariat,                                                                sans remords, abandonnant à leur peine et à leur sort une femme et deux enfants si brutalement privés de leur père.

La France « Terre d’accueil » a oublié ses principes. Un vent mauvais d’égoïsme, de brutalité,
de non respect des droits humains élémentaires souffle sur notre pays. Ce n’est pas la France que j’aime, que nous aimons.

J’en pleure et j’enrage. Faisons en sorte de ne pas pleurer plus demain.

Fait à Lisieux le 28 mai 2026.

Richard Beauchet, citoyen français,

offreur de cours de français aux étrangers de Lisieux.